Retour d'expériences

Balades en liberté : Et si le vrai problème au bout de la laisse... c'était l'humain ?

Frédéric Arnault

​On ne va pas se mentir : entamer un protocole d'éducation ou de rééducation avec son chien, c’est s’embarquer dans de sacrées montagnes russes émotionnelles.

​Récemment, nous avons fait le point avec les humains d'un grand loulou ultra-attachant. Leurs premiers mots ? De la fierté, de la joie pure. En quelques mois, leur quotidien a été métamorphosé. Autrefois distant et toujours fourré dehors, leur chien passe désormais ses soirées sur le canapé, scotché contre eux. En balade, la connexion non verbale est devenue fluide : il suit les changements de direction, garde un œil sur ses référents, bref... un bonheur.

​Pourtant, au milieu de ce tableau presque parfait, une ombre subsiste. Un stress qui donne parfois envie de faire marche arrière et de tout abandonner. Ce stress, ce n'est pas le chien qui le provoque. Ce sont les autres.

​La cartographie de la peur (et des angles morts)

​Vous connaissez cette sensation ? Celle qui vous noue l'estomac à l'approche d'un virage sans visibilité ou d'un croisement de chemins creux. On guette le moindre bruit, on scanne la végétation, le taux de cortisol grimpe en flèche.

​Pourquoi ? Parce qu'on sait que notre chien est cool, sociable et codé. Mais on ne sait jamais sur qui on va tomber.

​En liberté, ce loulou a tendance à prendre un peu d'avance. S'il est dans un périmètre proche, le rappel est nickel. Mais s'il s'éloigne et qu'un stimulus apparaît, sa curiosité l'emporte. Il y va. Pas pour agresser — sa queue bat l'air, ses intentions sont amicales — mais il arrive vite. En courant. Et c'est là que le "scénario catastrophe" s'enclenche, non pas à cause des canidés, mais à cause des réactions humaines.

Face à l'hyper-contrôle et l'intolérance ambiante

​La société actuelle souffre d'une fâcheuse tendance à l'hyper-contrôle. On croise de plus en plus de promeneurs qui ont peur, qui manquent cruellement de culture canine, ou qui projettent leurs propres traumatismes sur leur animal.

​Des propriétaires en ont fait les frais récemment : entre les voisins qui hurlent et surréagissent à la vue d'un grand chien, les insultes gratuites au détour d'un sentier, ou les propriétaires de chiens réactifs (souvent tenus très courts) qui entrent en panique stratosphérique... la balade tourne parfois au parcours du combattant relationnel.

​L'anecdote qui en dit long : Récemment, ils ont croisé une personne visiblement dépassée, gérant plusieurs chiens, qui s'est retrouvée au tapis. Résultat ? Des insultes et des menaces. Pourtant, trente secondes après s'être éloigné, le chien de nos clients était revenu au pied, parfaitement calme et serein, loin du drame humain qui venait de se jouer.

​Cette agressivité des gens crée un cercle vicieux : par peur du conflit, on rappelle son chien à s'en époumoner, on le rattache systématiquement, et le chien finit par associer le rappel à la fin de sa liberté. Heureusement, ses maîtres ont eu le déclic : "Mon chien est cool, j'arrête de reculer à cause de l'anxiété des autres."

​Les clés du coach pour des balades sereines

​Alors, comment on gère quand la cohabitation humaine devient plus difficile que l'éducation canine ? Voici quelques pistes travaillées ensemble sur le terrain :

​1. L'anticipation stratégique (La cartographie des risques)

​On ne peut pas contrôler les réactions des gens, mais on peut contrôler notre environnement. Si vous connaissez les "spots" à angles morts, les horaires chargés ou les zones de passage de propriétaires indélicats, repassez en mode protection. Apprenez à votre chien un exercice de "suivi au pied" ou de "contrôle rapproché" sans laisse, juste le temps de passer la zone critique. C’est valorisant pour lui et rassurant pour vous.

​2. Le mouvement plutôt que le statique

​Lorsqu'un contact a lieu entre un chien libre et un chien en laisse (ou même entre chiens libres), évitez de vous figer. Le statique crée de la tension, de la protection de ressource (vous !) et fait monter la pression. Si les chiens se flairent et se "scannent", restez zen, parlez avec une voix enjouée et rassurante, puis mettez-vous en mouvement. Le mouvement dilue les interactions.

​3. Les signaux d'apaisement : apprenez à lire le stress

​Un chien qui se lèche les babines, qui se secoue après une rencontre ou qui prend du temps à revenir au rappel exprime souvent son propre stress face à la situation (ou à votre propre tension !). Plus vous serez aligné et calme, plus votre chien se synchronisera sur votre état émotionnel basse fréquence.

​4. Résilience canine vs Convictions humaines

​Beaucoup de propriétaires justifient l'agressivité de leur chien par un éternel : "Il a été mordu étant petit, c'est foutu." Les chiens sont pourtant extrêmement résilients. Ce sont souvent les humains qui bloquent leur animal dans leurs traumatismes passés. Ne tombez pas dans ce piège. Ne vous mettez pas au niveau de la colère des gens que vous croisez. Préservez votre bulle.

​Le mot de la fin

​Éduquer son chien, c'est aussi apprendre à faire de la diplomatie humaine... ou à ignorer superbement la mauvaise humeur ambiante. Ce loulou progresse à pas de géant, il réapprend le jeu, décode les copains à merveille et redécouvre la complicité avec ses maîtres.

​La prochaine étape ? Rejoindre nos balades collectives de socialisation. Rien de tel qu'un groupe de chiens bien codés et d'humains bienveillants pour envoyer valser le stress des mauvaises rencontres !

Frédéric Arnault
Auteur

Après une formation auprès de Michel Chanton, éthologue, je me suis installé en 2003 dans le Puy-de-Dôme.
J’interviens auprès des propriétaires de chien en leur proposant une aide sous la forme de rendez vous individuels, puis le cas échéant en groupe dans une démarche socialisante.  Aujourd’hui, je suggère en plus une intervention le plus tôt possible dans la vie du chien. L’école du chiot est un service de socialisation quand l’animal a entre deux et six mois afin de favoriser son intégration dans la société et surtout de renforcer son apprentissage des codes de son espèce.Par ailleurs, j’offre un service de garde dans un environnement naturel où sont proposées des balades en forêt.

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