Retour d'expériences
Éducation

Avoir un chien très chasseur

Frédéric Arnault

Bella, le rappel et les rencontres : Entre instinct de chasse et stress social


​Aujourd’hui, je partage avec vous les coulisses d’un rendez-vous riche en émotions avec la maîtresse de Bella. Une rencontre qui nous rappelle que derrière chaque « problème » de comportement se cache souvent une magnifique relation, mais aussi quelques malentendus sur la nature profonde de nos compagnons.

​L’histoire de Bella : Un « banco » sur une photo
​Bella n’était pas forcément prévue. Un coup de cœur sur une photo envoyée par sa fille, et voilà cette petite chienne, issue d’une portée de chasseur, qui entre dans la vie de sa maîtresse. L'objectif était clair : anticiper la retraite, bouger, et ne plus se promener seule.
​Mais avec Bella, la réalité du terrain a vite rattrapé les attentes. Entre son instinct de chasseur et sa difficulté à gérer ses congénères, sa maîtresse s'est retrouvée face à un dilemme : comment offrir de la liberté à un chien quand on a peur de le perdre ou qu'il soit blessé ?

​Le mythe du rappel et l'instinct de chasse
​L'une des grandes souffrances de sa maîtresse est de ne pas pouvoir détacher Bella par peur qu'elle ne revienne pas, happée par une trace.
​« Dès qu'elle part sur une trace, je ne vaux plus rien. »
​C’est un sentiment partagé par beaucoup. Pourtant, nous avons déconstruit ensemble une idée reçue : ce n’est pas parce qu’un chien s’éloigne qu’il ne vous aime pas. Chez un chien de chasse, l’instinct est une force biologique qui court-circuite temporairement l’attachement.
​Pour mieux comprendre, j'utilise souvent l'acronyme RECS (Relation, Environnement émotions, Communication, Socialisation). Le lien (la Relation) est bien là : Bella suit sa maîtresse partout à la maison. En forêt, ce n'est pas l'attachement qui manque, c'est la gestion de l'Environnement et de la Communication sous stress.
​La piste de travail : Plutôt que le rappel classique qui échoue souvent sous adrénaline, nous allons explorer le rappel inversé (changer de direction sans un mot pour forcer le chien à surveiller son humain) et l'utilisation du sifflet, dont le son neutre est plus efficace qu'une voix chargée d'inquiétude.
​Les "salutations" canines : Pourquoi Bella grogne ?
​Un autre point crucial : Bella est devenue sélective. Elle n'apprécie plus les jeunes chiots "bourrins" qui s'excitent trop. Sa maîtresse s'en voulait : « Je suis triste pour elle qu’elle ne profite pas des autres chiens. »
​Ma réponse : Un chien n'est pas obligé d'aimer tout le monde.
Comme nous, les chiens ont une "bulle" sociale. Imposer une rencontre en laisse, c'est comme forcer deux inconnus à se faire un câlin dans un ascenseur.
​Ce que nous avons appris sur les interactions :
​La laisse est un frein : Elle empêche le langage corporel naturel (approche en courbe) et transmet le stress de l'humain.
​La synchronisation : Courir en parallèle n'est pas toujours du jeu. Parfois, c'est une façon pour le chien de gérer une situation où il ne se sent pas totalement libre de partir.
​Le droit de dire "non" : Le grognement de Bella est une communication saine. Elle dit simplement : "Tes manières ne me plaisent pas, respecte mon espace."

​L'enfant et le chien : Une éducation à double sens
​L'arrivée d'une petite-fille dans la famille soulève des questions de sécurité. Le message est essentiel : La sécurité repose sur l'éducation des deux espèces. Un chien qui se réfugie sous une table demande la paix. Éduquer l'enfant à respecter le panier et les signaux de retrait de Bella est la meilleure des préventions.
​Conclusion : Déculpabiliser pour mieux progresser
​Le bonheur d'un chien ne se résume pas à courir détaché dans les bois. Bella est "amoureuse" de sa maîtresse, elle partage ses bureaux et ses rituels. C'est cette structure qui fait son équilibre.

Frédéric Arnault
Auteur

Après une formation auprès de Michel Chanton, éthologue, je me suis installé en 2003 dans le Puy-de-Dôme.
J’interviens auprès des propriétaires de chien en leur proposant une aide sous la forme de rendez vous individuels, puis le cas échéant en groupe dans une démarche socialisante.  Aujourd’hui, je suggère en plus une intervention le plus tôt possible dans la vie du chien. L’école du chiot est un service de socialisation quand l’animal a entre deux et six mois afin de favoriser son intégration dans la société et surtout de renforcer son apprentissage des codes de son espèce.Par ailleurs, j’offre un service de garde dans un environnement naturel où sont proposées des balades en forêt.

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